ISBN: 9789875001695

Formato: 312 págs. 14 x 22 cm.

Fecha Publicación: Abril 2013

Precio: $ 400,00 (U$S 23,53)

Aisthesis

Escenas del régimen estético del arte

Jacques Rancière, art et politique

Aliocha Wald Lasowski, Le Monde diplomatique, 01/12/2012

Comment une démocratie peut-elle assurer un accès égal aux mots de la culture et permettre une plus grande émancipation de la parole publique? Quels chemins emprunter pour favoriser l’émergence d’une parole singulière, à l’école ou dans le monde du travail, et d’une parole collective sur le terrain des luttes sociales? Quels moyens mettre en œuvre? C’est pour répondre à ces questions que Jacques Rancière déplace depuis une trentaine d’années les frontières qui séparent traditionnellement le politique du non-politique. Il met l’accent sur ledissensus, le travail de la pensée qui questionne la hiérarchie sociale et sa normalisation, afin de comprendre comment se sont formés ces réglages qui s’imposent à nous, en politique comme en art. Deux ouvrages permettent de cerner les enjeux de cette démarche: avecAisthesis(1) est analysée l’émancipation dans l’art, et un entretien sans complaisance, La Méthode de l’égalité,(2) questionne l’unité de l’œuvre en mettant en tension ses concepts politiques et esthétiques.
Dans Aisthesis, qui apparaît comme un prolongement singulier de La Nuit des prolétaires (Fayard, 1981), Rancière rappelle que la reconnaissance d’une création artistique dépend des critères d’identification et de codification d’une époque, qui fixent ce qui relève ou non de l’art. Il distingue trois régimes: éthique (l’art est au service d’idées religieuses ou sociales et remplit une fonction civique), représentatif (une autorité culturelle reconnaît la dimension artistique de telle ou telle production) et esthétique (quand, à partir de la fin du XVIIIe siècle, l’art s’ouvre à de nouvelles sphères d’expérience). C’est au régime esthétique qu’il s’attache, au fil de quatorze épisodes qui scandent, de 1764 à 1941, les moments où s’abolissent les distinctions séparant l’art du non-art: l’ouverture des musées au public, dans le sillage de la Révolution française, qui invite à la réinterprétation culturelle du passé; l’accueil par l’art d’images et d’objets opposés à l’«idée du beau», qui se traduit par l’exaltation de l’ordinaire -ainsi, dans Le Ventre de Paris, son grand hymne à la modernité de 1873, Emile Zola installe le personnage du peintre, Claude Lantier, au cœur des Halles, fasciné par les étalages de jambons et de saucisses; et Stéphane Mallarmé, aux Folies-Bergère, assiste en 1893 à un tourbillon d’acrobates et de pierrots qui, en donnant congé aux codes dominants depuis l’âge classique de la vraisemblance et de l’imitation, mine les conventions du théâtre en place et celles de l’ordre social-. Ce qu’exaltera le cinéma, avec notamment Charles Chaplin et son Charlot(3)…
Mais l’expérimentation de nouveaux champs artistiques permet-elle de recomposer l’espace politique, et comment? Selon Rancière, un art engagé qui prétendrait exprimer directement la communauté, la liberté d’un peuple, annulerait aussitôt l’efficace du modèle politique et de l’action qui s’en inspire. C’est dans l’inclusion de ce qui est étranger ou exclu que se dessinerait une nouvelle reconfiguration du perceptible, du pensable, modifiant le territoire des possibles. De même que, dans le social, c’est par la reconfiguration des données que le politique peut resurgir; or ces représentations, enfin divergentes du modèle à proprement parler dominant, résultent de «ce qu’on peut appeler un travail d’imagination»(4) -qu’il serait sans doute éclairant d’analyser-.

 

(1) Jacques Rancière, Aisthesis. Scènes du régime esthétique de l’art, Galilée, Paris, 2011, 330 pages, 27,40 euros.
(2) Jacques Rancière, La Méthode de l’égalité. Entretien avec Laurent Jeanpierre et Dork Zabunyan, Bayard, Montrouge, 2012, 332 pages, 21 euros.
(3) L’intérêt pour le cinéma est une constante chez Rancière. Cf. Béla Tarr, le temps d’après, Capricci, Nantes, 2011, 96 pages, 7,95 euros.
(4) La Méthode de l’égalité, op. cit.

Fuente: www.monde-diplomatique.fr/2012/12/WALD_LASOWSKI/48491

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