ISBN: 9789875001695

Formato: 312 págs. 14 x 22 cm.

Fecha Publicación: Abril 2013

Precio: $ 400,00 (U$S 23,53)

Aisthesis

Escenas del régimen estético del arte

Le Musée imaginaire de Jacques Rancière

Eric Aeschimann, Le Nouvel Obervateur, 15/12/2011

Du Torse du Belvédère au cinéma soviétique, le philosophe raconte l'avènement de la modernité artistique dans Aiesthesis. Il a sélectionné pour nous cinq oeuvres particulièrement significatives.

S'il est principalement connu pour ses écrits politiques dont La Haine de la démocratie, où il dénonce le mépris du peuple par les dirigeants,Jacques Rancière mène également un travail en profondeur sur l'art, s'intéressant en particulier à Mallarmé et au cinéma.
Dans Aisthesis, il reconstitue la construction de la modernité artistique à travers quatorze œuvres et leurs interprétations par des écrivains ou philosophes (Hegel, Banville, Mallarmé, Rilke). Pour Le Nouvel Observateur, il a sélectionné cinq de ces œuvres.

Le Torse du Belvédère

"Appartenant aux collections du Vatican, il est célèbre depuis le XVIe siècle. En 1764, quand il en fait l'idéal du beau, l'historien archéologue Winckelmann opère une rupture: donner pour modèle un corps sans tête, bras ni jambes, c'est abandonner le beau classique, renoncer à la proportion organique et à l'expression du visage, passer de l'action volontaire aux mouvements autonomes de la vie - Winckelmann les compare à des vagues.
Hercule, symbole de l'action, est ici au repos: lecture paradoxale, qui inaugure la nouvelle représentation de la Grèce comme patrie de la liberté, où s'abolit l'opposition entre l'activité et la passivité. Avec Winckelmann, les vies d'artiste cèdent la place à l'histoire de l'art et celle-ci exprime l'histoire de la vie d'un peuple."

Les Mangeurs de raisins et de melons

"Cette toile du peintre espagnol Murillo montre deux petits mendiants en habits déchirés, misérables mais insouciants. C'est un de ces tableaux de genre, méprisés aux XVIIe et XVIIIIe siècles, qui montrent des scènes de la vie populaire. Hegel les a vus à Munich et ce qui le frappe, c'est l'annulation de la hiérarchie des oeuvres en fonction de la dignité de leur sujet.
De même qu'en poésie Wordsworth affirme qu'un pauvre peut avoir des sentiments aussi profonds qu'un noble, Hegel compare ces petits mendiants aux dieux de l'Olympe. Il leur applique les qualités prêtées par Winckelmann aux divinités grecques: la capacité de ne rien vouloir, rien faire, l'abolition de l'opposition travail/loisir. Soit le coeur de l'émancipation sociale."

Hanlon-Lees

"Clowns et pantomimes anglais, les Hanlon-Lees étaient très populaires en France dans les années 1860-1880. Leurs spectacles se distinguent par une exubérance des gestes acrobatiques confinant à l'absurde. Lorsqu'il en fait l'éloge, en 1879, Théodore de Banville est le prototype de l'adepte de l'art pour l'art, reclus dans sa tour d'ivoire. Or, pour lui, les Hanson-Lees sont les véritables poètes, ceux qui accomplissent le rêve de la poésie.
Par leurs acrobaties, ils s'affranchissent de la pesanteur physique; par leurs gestes exagérés, ils se libèrent des normes sociales; par leur sens de l'absurde ils abolissent les conventions de l'action théâtrale. L'art populaire est la forme déjà existante de l'art pour l'art: un art de la performance pure débarrassé des leçons psychologiques, morales ou sociales."

Loïe Fuller

"Originaire d'Amérique, Loïe Fuller est devenue une icône de l'Art nouveau en inventant une danse qui n'était plus virtuosité des pieds, ni histoire mise en ballet, mais création de formes spatiales. Elle déploie autour d'elle un jeu de voiles de crêpe et joue avec les effets d'irisation et d'embrasement des projecteurs.
Mallarmé y trouve l'équivalent de ce qu'il cherche en poésie: non plus décrire les choses, mais faire sentir le mouvement même par lequel elles arrivent à la présence. Chez Fuller, la lumière est part du spectacle: l'électricité symbolise l'union entre nature et artifice, où l'esprit se réalise en énergie matérielle et la matière s'élève à la puissance spirituelle."

L'Homme à la caméra

"L'affiche réalisée pour L'Homme à la caméra, du cinéaste soviétique Dziga Vertov, veut résumer l'énergie du monde moderne: des gratte-ciel, les jambes et les bras d'une danseuse, une spirale qui évoque une caméra ou une hélice d'avion. Un corps fragmenté, comme celui duTorse.
Pour Vertov, le cinéma n'est pas un art racontant des histoires. Il est un acte reliant toutes les actions qui composent le communisme comme forme de vie. Le montage sépare les actions de leur contexte, les rend équivalentes, les réduit à un rythme commun.
Les autorités soviétiques condamneront ce communisme artistique comme du formalisme. Ils voudront des films qui distraient les travailleurs. L'idée que l'art construit des formes de vie fut pourtant le cœur de la modernité artistique. On l'a oublié en redéfinissant le modernisme par l'autonomie des œuvres et en renvoyant l'art au musée."

Fuente: bibliobs.nouvelobs.com/essais/20111215.OBS6792/le-musee-imaginaire-de-jacques-ranciere.html

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