ISBN: 9789875001374

Formato: 136 págs. 14 x 22 cm.

Fecha Publicación: 2010

Precio: $ 180,00 (U$S 10,59)

El espectador emancipado

"Le Spectateur émancipé", de Jacques Rancière: la séquence du spectateur

Nicolas Truong, Le Monde, 29/01/2009

Flatté par l'industrie culturelle, le spectateur est largement méprisé par la critique esthétique et la radicalité politique. Car, contrairement aux créatifs, le spectateur est passif ; à l'inverse des acteurs, il demeure un consommateur. Philosophe attaché à l'égalité des intelligences, Jacques Rancière défait magistralement ce poncif qui, de Platon à Guy Debord, fait du théâtre, des images et de la représentation, des scènes d'illusion.
La distinction entre le voir et le faire a toutefois donné lieu à de belles constructions critiques et artistiques qui ont tenté d'effacer cette vieille relation de subordination. Divergents sur la forme, mais convergents sur le fond, le théâtre épique de Bertolt Brecht et celui de la cruauté d'Antonin Artaud ont ainsi cherché à abolir cette dangereuse séparation. Le premier par la distanciation, le second par la fusion. Pour déjouer les pièges de l'identification (aux personnages, aux situations), Brecht a en effet cherché à transformer le spectateur en "enquêteur", en acteur du drame. Afin d'en finir au contraire avec cet animal raisonneur qu'il serait devenu, Artaud l'a convié à effacer la distance entre la salle et le plateau. Le spectateur contemporain y reconnaîtra sans peine la posture d'un certain théâtre politique et celle de nombreuses performances qui se jouent du sens par la recherche d'une transe, et subordonnent la réflexion à la communion.
Mais Rancière retourne patiemment l'argument et se demande si ce n'est pas justement "la volonté de supprimer la distance qui crée la distance". Autrement dit, la critique du spectacle induit une inégalité de position et de condition entre celui qui fait et celui qui regarde à laquelle nos avant-gardes devraient faire attention. Car "être spectateur n'est pas la condition passive qu'il nous faudrait changer en activité, mais notre situation normale". D'autant qu'un spectateur ne reste pas inactif mais compare, relie, critique et "compose son propre poème avec les éléments du poème en face de lui". Il n'y a donc pas d'un côté ceux qui savent et de l'autre ceux qui subissent, les badauds qui ingurgitent bêtement les images et ceux qui les réfléchissent.
Pour Rancière, nous sommes tous égaux devant le "partage du sensible", à l'image de ces ouvriers des années 1830, auxquels cet auteur a consacré de nombreuses années de recherche, autant capables que des dandys bourgeois dejouir des formes esthétiques ou d'élaborer des hypothèses métaphysiques. Après l'ère du soupçon, une nouvelle séquence peut donc s'ouvrir pour le spectateur, celle de l'émancipation.

Fuente: www.lemonde.fr/livres/article/2009/01/29/le-spectateur-emancipe-de-jacques-ranciere_1148034_3260.html

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